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Le Beaujolais

  • November 13, 2018

Le Beaujolais est une destination pour ceux qui aiment se faire plaisir, pour les épicuriens, les gourmands, les amateurs de bons vins... mais aussi pour les amoureux du patrimoine et de nature.

Le Beaujolais déroule ses innombrables collines sur 55 kilomètres du Sud au Nord, appuyé à l’Ouest sur les derniers contreforts du Massif central, et à l’Est sur la plaine de la Saône. Il est situé aux portes de Lyon, à moins de 30 minutes de route. Son histoire est indissociable de la capitale gastronomique et le vignoble résonne ici de manière particulière. On l’appelle communément le vignoble lyonnais ou encore le troisième fleuve de Lyon.

S’il fallait résumer le Beaujolais en un mot, ce serait sans aucun doute : diversité. Dans ses paysages, tout d’abord, qui se déroulent avec pour fil conducteur le Gamay, cépage rouge du Beaujolais par excellence. Le décor est varié, riche, enthousiasmant. Il offre une nature dense, montagneuse au nord et des paysages dignes d’un tableau Toscan au sud où les infinies déclinaisons de la lumière se reflètent sur les villages haut-perchés. Et bien entendu, diversité dans ses vins, qui se révèlent eux aussi d’une surprenante variété, emprunts de subtilité.

Le Beaujolais fait en réalité partie de la Bourgogne viticole. Limité au Nord par le vignoble du Mâconnais, au Sud par les Monts du Lyonnais, à l'Est par la vallée de la Saône, le Pays Beaujolais s'étend sur près de 1 750 Km². Le Mont Saint-Rigaud (1 009m) en est le point culminant. La variété de sa production, et sa quantité, ajoutées à son formidable succès au niveau mondial, dû pour beaucoup au Beaujolais nouveau, font que le Beaujolais peut être considéré comme une région viticole à part entière.

Moulin-à-Vent, Chiroubles, Fleurie, Chénas, Beaujolais, Brouilly, Côte de Brouilly, Juliénas, Saint-Amour, Beaujolais Villages et la dernière-née l'AOC Régnié : 12 AOC et 10 grands crus qui offrent aux vins du Beaujolais un véritable gage d'identité et de qualité.

Le Beaujolais est bien sûr réputé pour ses vignobles et la visite des caves de ses grands crus. Néanmoins la région offre de nombreux autres attraits : comme les villages de pierres dorées, Villefranche et son coeur historique ou le Beaujolais vert, idéal pour des randonnées à pieds, en vélo ou à cheval. La région offre un merveilleux terrain d’exploration à tous les amoureux de nature.

Les villages des Pierres Dorées

Tout près de Lyon, le sud du Beaujolais est une terre vivante et lumineuse, remarquable par ses villages construits de pierre calcaire ocre jaune qui joue avec les reflets du soleil. Cette pierre offre toute une gamme de teintes chaudes, comme ensoleillées, et donne son originalité et son charme à cette partie du Beaujolais surnommée « la petite Toscane Beaujolaise ».

Partout présente, utilisée dans la construction des maisons et des châteaux, mais aussi des églises, des puits et des murets, elle domine des paysages vallonnés. Grace à sa belle couleur dorée, devenue la marque caractéristique de l'habitat local, une quarantaine de villages entourés de vignes et parfois hauts perchés vous invitent à la découverte. Depuis octobre 2010, le Beaujolais des Pierres Dorées et ses villages sont labellisés « Vignobles et Découvertes », un label décerné par les ministères de l'Agriculture et du Tourisme. Depuis mai 2018, le Pays Beaujolais est classé UNESCO « Geopark », label rassemblant tout un territoire qui oeuvre pour la valorisation des sols, du patrimoine et du tourisme Beaujolais.

« Le Beaujolais Nouveau est arrivé ! »

Depuis près de 70 ans, ce slogan populaire revient à nos oreilles chaque année au mois de novembre.

C’est en 1951 que le Beaujolais Nouveau fut créé. Suite à un arrêté interdisant la vente des vins AOC avant le 15 décembre, l’Union des viticulteurs du Beaujolais demanda l’autorisation de vendre avant cette date. Leur demande fut acceptée le 13 novembre de cette même année à condition d’inscrire la mention « nouveau » : c’est la naissance du Beaujolais Nouveau.

Depuis le milieu des années 80, c’est à partir du troisième jeudi du mois de novembre que l’on peut consommer le Beaujolais Nouveau.

Le Beaujolais Nouveau est un vin primeur. On l'appelle ainsi car il est jeune, produit pour être consommé dans les mois qui suivent la récolte.

Le Beaujolais Nouveau devient synonyme de premières dégustations de l'année. La sortie de ce vin fruité est très attendue par les amateurs. Chaque année, ce sont 26 millions de bouteilles qui sont commercialisées dont la moitié étant envoyée à l’export.

Le Beaujolais Nouveau constitue surtout un événement convivial à l’échelle nationale. À travers toute la France, de nombreux bistrots et bars à vins célèbrent le Beaujolais Nouveau offrant une bonne raison pour se retrouver entre amis dans une ambiance joviale. À Beaujeu, capitale du Beaujolais, le coup d’envoi des festivités est donné à minuit. La tradition est de percer un tonneau avec un maillet pour y placer un robinet. C’est ce qui s’appelle une mise en perce, une façon de célébrer la sortie des Beaujolais Nouveaux et le savoir-faire des vignerons.

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Novembre numérique 2018

  • November 13, 2018

Novembre numérique / Digital November est une initiative internationale proposée par l’Institut Français pour mettre en valeur la création et les usages du numérique. Sous le pilotage du service culturel du Consulat général de France à Hong Kong et à Macao, l’Alliance Française propose, comme l’année dernière, des démonstrations d’usages du numérique éducatif associé à l’enseignement de la langue française enrichi par les usages des téléphones, tablettes, ordinateurs, tableaux interactifs en classe.

L’édition 2017 de Novembre numérique avait mis les enfants à l’honneur avec une démonstration didactique auprès d’enseignants et enfants des applications: Wakatoon, Lingozip, Oh le dessin magique ! Et la Chenille verte. Au menu de cette année : la photographie. L’image et l’apprentissage de la langue étrangère se sont toujours combinés. A l’heure du numérique, les usages sont encore plus fructueux qu’auparavant car la production de l’apprenant est rapidement exécutée et mise en valeur sous format numérique multiple. Le samedi 3 novembre entre 14h et 16h, a été proposé un atelier de découverte et de formation autour de plusieurs projets associant photographie numérique et enseignement de la langue française : jeux des photomatons (voir le résultat ici), portraits et légendes sur Instagram et Pinterest, Google Art, roman-photos et enfin la présentation du rallye-découverte, #hkphotohunt, projet transmédia associant photographies sur réseau social, jeux d’énigmes et de découverte, et pratiques de la langue française. Ce jeu-concours sera proposé en novembre et décembre. Ouvert à tous, aux enseignants, aux parents intéressés par la pédagogie des langues, l’atelier, mené en français et en anglais, accueillera des classes pour des témoignages et démonstrations.

Apprendre une langue à l’heure du transmédia
Les étudiants de l’Alliance Française apprennent la langue dans le cadre des cours proposés. Les enseignants respectent un programme, suivent les instructions du cadre européen, entrainent aux examens du DELF et du DALF. C’est une approche formelle de l’enseignement. Mais un centre culturel propose également des approches informelles : se rendre à la médiathèque, participer aux événements culturels, suivre un atelier art de vivre... bref autant d’occasions d’apprendre davantage sur la langue et la culture française. Les usages numériques doivent maintenant être pris en compte et les jeux transmédias en sont une illustration.

#hkphotohunt
Ce concours photo réalisé sur Instagram (compte @hkphotohunt / règlement: http://hkphotohunt.tumblr.com) s’apparente à une chasse au trésor photographique organisée dans la ville de Hong Kong durant les mois de novembre et décembre 2018. Ce projet joue des pratiques modernes de la photographie numérique et de la narration transmédia propre aux projets culturels contemporains.
Six défis créatifs et trois défis de chasse au trésor permettent d’accéder à la finale. Il s’agit pour chaque défi de poster une photo sur son compte Instagram en français balisée par le mot-clic #hkphotohunt. Ainsi, reproduire par un autoportrait – un « selfie » – des affiches populaires de films de festival, poster une vision vintage noir et blanc de la ville, photographier un cliché français, capturer en image le ciel de la ville, légender une photographie d’Henri Cartier-Bresson font partie de la liste des défis. Pour la chasse au trésor, trois carrés rouges qui disposent de flashcodes donnant les énigmes à suivre sont dispersés à travers des lieux emblématiques de la ville que les participants se doivent de retrouver. Le jeu ouvert à tous se déroulera à temps réel et la galerie de nouvelles publications sera visible à tout instant.

#hkromance est un jeu poétique sur la graphie, la calligraphie, l’alphabet, la police d’écriture, l’écriture du signe, le signe, le rendu esthétique d’un mot que l’on préfère en amour. Des mots choisis par le public en ligne ou présent au salon du Livre où le pavillon français accueillait suite à l’invitation du Consulat général de France, l’écrivaine Chantal Thomas. Une occasion pour illustrer ce jeu d’écriture de représentations de peinture française du XVIIIe siècle, esthétique classique et rococco au rendez-vous.

#10mots où les ateliers d’écriture menés durant la semaine de la Francophonie, pour l’opération Dis-moi dix mots sont également présentés sous forme graphique et digitale sur les réseaux sociaux de l’AF. La prochaine édition 2019 mettra en valeur l’aspect graphique des alphabets et sera pleine de surprises.

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La rentrée littéraire 2018

  • November 13, 2018

567. Ce n’est pas le nombre de pages d’un roman-fleuve dont nous allons vous recommander la lecture mais de la quantité impressionnante de romans publiés entre août et octobre pour la « rentrée littéraire 2018 ». Auteurs, grand public, critiques et professionnels du livre attendent cet événement annuel autant qu’ils le craignent. Quels livres retenir des centaines de titres qui couvrent les rayons? A la médiathèque de l’Alliance Française, nous avons acquis une vingtaine de titres. Voici notre sélection.

Avec toutes mes sympathies, d'Olivia de Lamberterie (Stock).

Sur le bandeau de couverture, une photo de deux blondinets souriants aux t-shirts assortis. Il s’agit d’Alexandre et Olivia, un frère et une soeur, en vacances d’été à la plage. Rien ne laisse présager le drame qui surviendra une trentaine d’années plus tard, lorsque qu’Alexandre mettra fin à ses jours à Montréal, après une grave dépression qui l’aura terrassé pendant plusieurs années. Avec délicatesse, sans verser dans le piège du pathos, cette journaliste chez ELLE, chroniqueuse littéraire et correspondante de Radio Canada, dresse le portrait de son frère bien-aimé, lui donne une voix et une sépulture. Elle raconte la culpabilité de n’avoir pas réussi à le sauver, la personnalité douce et brillante de son frère, mais surtout, l’immense joie qu’il a apportée dans sa vie et celle de sa famille.

Hôtel Waldheim, de François Vallejo (Vivane Hamy)

Ce roman a pour thème la mémoire et pour toile de fond la Suisse des années 1970. L’arrivée d’une mystérieuse carte postale dans sa boite aux lettres réveille la mémoire du narrateur. Celui-ci évoque sa jeunesse, lorsqu’il passait plusieurs semaines par an dans cet hôtel suisse avec sa tante, l’hôtel Waldheim. Bien plus que ses simples souvenirs de jeunesse, le narrateur se voit obligé de réexaminer le contexte de Guerre froide dans lequel se trouvait le monde alors, pour se rendre compte que tout ne s’est pas passé exactement comme il le pensait. Roman d’espionnage, étude sur la mémoire, roman à tiroirs nimbé dans le mystère des villes de montagne, Hôtel Waldheim vous emmène dans l’Allemagne scindée en deux d’alors. C’est un roman haletant, entre roman noir et récit historique aux heures sombres de la Stasi, que nous propose François Vallejo.

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy — Allard (Editions de Minuit)

Ce magnifique premier roman est une histoire toute simple : celle d’une passion amoureuse entre deux femmes. Pourtant, la beauté et la musicalité de la langue rendent cette histoire simple bouleversante. La première partie, qui raconte la rencontre amicale des deux femmes qui se transforme peu à peu en relation amoureuse, est composée de très courts paragraphes que l’on dévale, emportés par le rythme, la fluidité des phrases, la présence enivrante de Sarah. A mesure que la passion change, le roman renouvelle sa forme : les paragraphes s’allongent, la musique ralentit. La narratrice reprend son souffle, son recentre sur elle-même en même temps que le lecteur, presque épuisé par la tempête de la première partie. Un magnifique exemple de la forme au service du fond, dans un sublime roman dont la langue nous envoûte.

La chance de leur vie, d’Agnès Desarthe (Editions de l’Olivier)

« La chance de leur vie » : voilà une expression que l’on emploie couramment pour parler d’un bouleversement, d’un virage pris dans une vie, de gré ou de force. Ce départ aux Etats-Unis, c’est la chance de leur vie, à Hector, Sylvie et leur fils Lester. Sauf que, l’on s’en doute, rien ne se passera comme prévu. Le ton ironique et la finesse d’observation d’Agnès Desarthe nous enchantent dans ce roman qui porte sur le couple, l’ébranlement des liens familiaux, les tourments de l’adolescence. Si ces thèmes simples semblent appeler au cliché, il n’en est rien : le personnage de la mère, Sylvie, est étonnant, intelligent, placide et savoureux, malgré les tromperies de son mari, éminent professeur de philosophie usant de son charme auprès de ses consoeurs d’université américaines. De même, le fils, Lester, ne caricature-t-il en rien l’adolescent perdu et ingrat — il brille plutôt par sa fantaisie, sa quête spirituelle, et par la relation touchante qu’il entretient avec sa mère. Lors de cette année d’expatriation outre-Atlantique, chaque membre de la famille se découvre lui-même : séducteur, artiste, gourou — peu importe, pourvu que l’on sache qui l’on est.

Autres conseils de lecture

Les exilés meurent aussi d'amour, d'Abnousse Shalmani (Grasset) est un beau roman sur l’exil, plus exactement sur « les folies dont accouche l’exil », porté par le personnage de Shirin, neuf ans, qui s’installe à Paris avec ses parents au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle. Quelques adultes providentiels, mais surtout, le rire, sauront l’aider à grandir, à résister, à ne pas se laisser dépasser par la folie de cette famille cruelle qui est la sienne.

Citons également le cocasse 37, étoiles filantes de Jérôme Attal, qui raconte la rencontre improbable entre le peintre Alberto Giacometti et l’écrivain Jean-Paul Sartre dans le Montparnasse des années 1930 ; La Tête sous l’eau, d’Olivier Adam, qui décrit le malheur d’une famille dont la fille disparait mystérieusement à la suite d’un déménagement en Bretagne ; Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L.), roman d’apprentissage moderne et véritable ode à la liberté; Forêt obscure, de Nicole Krauss, magnifique roman qui nous vient tout droit des Etats-Unis ; Khalil de Yasmina Khadra (Julliard) ; A son image, de Jérôme Ferrari (Actes Sud), le très attendu Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou (Seuil) ou encore Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal

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Romain Jacquet-Lagrèze : L’heure bleue

  • November 13, 2018

Le 5 septembre dernier, l'Alliance Française recevait le photographe Romain Jacquet-Lagrèze pour un échange informel avec ses étudiants et ses membres. L'occasion de rentrer dans l'univers de ce photographe français talentueux et explorer sa fascination pour Hong Kong.

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées à la médiathèque pour en apprendre plus sur son travail et son expérience à Hong Kong. Le public était captivé par la beauté des photographies projetées sur écran, et s'est empressé de poser un grand nombre de questions au photographe sur son esthétique, sa philosophie de travail et même certains détails techniques.

Romain Jacquet-Lagrèze est né en France en 1987. Il a d'abord travaillé comme créateur de sites web à Tokyo, avant de s'installer à Hong Kong en 2009. Il a alors été immédiatement séduit par l'énergie et le paysage architectural uniques de cette ville. A son arrivée, il n'avait pas d'appareil photo Reflex, et n'envisageait pas particulièrement de faire de la photographie une profession.

Tout a commencé lorsqu'il a remarqué la particularité de la lumière de Hong Kong, à certaines heures de la journée. Il s'est passionné pour ce moment très particulier que les photographes appellent « l'heure bleue », cette poignée de minutes baignées de lumière bleue entre jour et nuit, entre chien et loup. La ville se trouve alors enveloppée dans une teinte mystérieuse, créant une atmosphère poétique que Romain Jacquet-Lagrèze a voulu retranscrire dans une série intitulée The Blue Moment. Le photographe a parlé de l'influence de Van Gogh dans la création de cette série, particulièrement de sa palette de couleurs dominée par le bleu, le jaune et l'orange. Citant des influences plus contemporaines, le photographe a mentionné le peintre japonais Manabu Ikeda, dont les dessins grand format, représentant des paysages imaginaires complexes et minutieux, nécessitent plusieurs années de travail.

Parallèlement à cette série, le photographe a également publié trois autres livres : Vertical Horizon, Wild Concrete et Concrete Stories.

«un voyage en contre-plongée parmi les gratte-ciels»

La première série, Vertical Horizon, est un voyage en contre-plongée parmi les gratte-ciels : chaque cliché est une prise de vue immersive vers les immeubles hauts, dont les cimes découpent des forces géométriques variées dans le ciel. Le spectateur ressent alors une sorte de vertige, prenant conscience de sa petite taille face à ces géants architecturaux.

Wild Concrete a été inspirée par la vie urbaine et la jungle rampante de Hong Kong, dont la végétation semble constamment jaillir des bâtiments, dans les endroits les plus improbables. Le climat subtropical dont jouit la ville fait qu’une grande variété de plantes peut pousser directement sur le bitume, sur le toit d'un immeuble, sur des terrains très escarpés, et même surgir d’un tuyau le long d'un mur ! La plupart de ces photographies ont été prises dans des quartiers anciens et populaires, qui, au début des années 2010, n'étaient pas encore dominées par les hautes tours en verre contemporaines des quartiers financiers. Nombre de ces vieux bâtiments ont, depuis, été détruits. De projet esthétique, les clichés prennent alors valeur de poignant témoignage historique.

La dernière série en date, Concrete Stories, fait apparaître des êtres humains en miniature, perdus dans l'immensité architecturale de la ville. Le photographe a choisi, pour cette série, de se concentrer sur les toits des immeubles, les « rooftops », théâtre de milliers de vies minuscules. L'un étend son linge pendant que l'autre fait une sieste au soleil, dans l'indifférence de la foule qui fourmille en contrebas, au niveau de la rue. Si les toits des immeubles sont malheureusement souvent interdits d'accès dans les résidences récentes, les vieux bâtiments permettent un accès libre à ces toits, précieux espaces extérieurs dans une ville à la densité de population extrême. La série joue avec l'idée de l’intime : bien que les personnes en photo semblent totalement seules, elles sont en réalité entourée d'immeubles plus hauts, et donc, potentiellement, de dizaines de paires d'yeux attachés à leurs moindres mouvements. A l'inverse des photos bleutées de Blue Moment, celles-ci ont été prises à l'« heure dorée », au moment où les ombres s'allongent et le soleil fait scintiller les murs dans une teinte orangée.

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Amsterdam, Quand le grand Jacques chantait l’amertume

  • November 13, 2018

Il y a quarante ans disparaissait l’un desplus grands artistes francophones de tous les temps. Paroles et Sauvés par la poésie rendent hommage à Jacques Brel et à l’une de ses chansons les plus illustres.

Applaudissements liminaires. Olympia 64. Sur l'enregistrement du concert live, la foule de la mythique salle parisienne ne fait que saluer la prestation de la chanson précédente quand Jacques Brel entonne Amsterdam ce soir là. Elle ne figurait pas au répertoire. Le chansonnier belge en a achevé les paroles peu de temps avant et a décidé au dernier moment de l'intégrer à son tour de chant. Ce n'est qu'une pochade« sacrifiée » pour lui, une entame qu'on tente quand les retardataires n'ont pas encore trouvé leur strapontin ou que les musiciens réajustent l'accordage de leur instrument. Amsterdam est caractéristique du «crescendo brelien», cette progression dramatique dans l'écriture et l'interprétation tempétueuse. La prestation est unique, l'enregistrement aussi. La chanson devient un tube instantané et bissé dans la foulée par les spectateurs. Au même moment c'est près d'un million d'auditeurs qui sont médusés car la radio Europe numéro 1 retransmet en direct le concert. Amsterdam devient un incontournable de la tournée et un classique de la chanson française bien des décades plus tard. Applaudissements salutaires. Ovation.

Comme des soleils crachés

Brel pulvérise le quotidien moite et malté des bas-fonds d’un bouge batave avec tantôt des tremolos de rage dans la voix, tantôt des langueurs de bastringue appuyées par l'accordéon. Plein de morgue et de gouaille, il arrache ses fleurs du mal de vivre pour hurler une élégie belle en diable. Sa prose romantique adopte le lyrisme hugolien et oscille « entre le ver de terre et l'étoile », le sublime et le grotesque. L'amant éconduit ressasse son amertume, sa rage d’avoir aimé tant et tant. Le chantre est un éconduit éploré qui a sacralisé l'Amour et qui finit le dernier couplet comme victime de sa finitude. L'Amour est un sentiment trop haut pour des mammifères d’os et de chair. Il regrette d’avoir trop espéré et en vient, de fluctuations en accentuations dans les derniers couplets, à se rabaisser plus bas que bitte d'amarrage. L'anaphore déictique « dans le port d'Amsterdam » engendre une ritournelle du désespoir ; c'est un lieu maudit dont on ne peut plus sortir, c'est un escalier de Penrose qui se targue de haubans mais qui n'est cloué que d’amarres. Les marins d'opérette ne visent aucun horizon à la proue, ils valsent et tournent en rond sans fin. Amsterdam est un navire embouteillé dont l'équipage est prisonnier de sa vulgarité. Un seul chant perce parmi les voix de rogommes, celui du poète Brel.

1. Dans le port d’Amsterdam

Le décorum est planté, les déictiques de lieu sans déictiques de temps tendent à rendre la chanson universelle et atemporelle : Amsterdam est allégorique, quiconque peut se préfigurer ce port interlope et malfamé hors du temps. Le port tangue à cause des valses et de l'ivresse mais aucun esquif ne larguera les amarres pour « un pays des merveilles » dans cette chanson. Nous ne sommes pas « au » port, nous sommes ancrés « dedans ». Il faudra attendre 1967 et l'Emmenez-moi d'Aznavour pour que les voiles aient de nouveau des reflets de ciel bleu.

2. Pleins de bière et de drames

Zeugma (ou zeugme). Association du sens propre et du sens figuré dont l'effet prête à sourire, se veut ironique mais devient pathétique à l'écoute

du reste de la chanson. Les hommes d'équipage vivent dans une forme de déchéance à quai qui ne peut s'achever que dans la violence ou l'alcoolisme. On peut relever un autre attelage participant du même effet sarcastique et saisissant avec les paroles « Qui leur donnent leur joli corps / Qui leur donnent leur vertu ».

3. Puis se lèvent en riantDans un bruit de tempêteReferment leur braguetteEt sortent en rotant

Répugnance à l'égard de ces corps qui sont relégués à ce qu'ils ont de plus animal, de plus viscéral. Le chiasme « en se frottant la panse sur la panse des femmes » renvoie face à face les deux instincts primaires de manger et procréer dans une valse bien répétitive et bien mélancolique pour le narrateur. Ces réflexes de marins qui se lèvent sont ceux d’automates bestiaux satisfaits de leur condition crasse : le rire bête, la flatulence, le sexe trivial et l'éructation.

4. Y a des marins qui naissentDans la chaleur épaisseDes langueurs océanes

Cycle et enfermement d’une condition absurde. A terme, chaque enfant mâle semble destiné voire condamné à devenir marin et à se fiancer avec un océan de bitume, un horizon de rien. Les « langueurs océanes » signifient-elles prosaïquement les ébats sexuels ? « Langueurs » en longueur dont les flux et reflux finissent de féconder les futurs matelots dans la chaleur épaisse de la volupté ? Ou s'agit-il plus poétiquement du désir des femmes de marins qui se languissent du retour de leur homme?

5. Décroisser la lune

est un néologisme qui s’impose tant cette humanité en vase clos fait déchanter le narrateur impuissant. Ces « grosses mains » ne sont bonnes qu'à souiller la poésie du décor naturel. L'oxymore des « soleils crachés » et la métaphore morveuse « se moucher dans les étoiles » participent du même effet. Cet écoeurement qui tournoie sans cesse et donne « mal d'amer » s'achève par un aveu déchirant et profondément humain « ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles ». Le poète est définitivement à part, en déréliction totale, car c'est le seul capable de souffrir.

Un article en partenariat avec Sauvés par la poésie.

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La mode française à Hong Kong

  • November 13, 2018

La mode se démode, le style jamais. — Coco Chanel

Paris est connue pour être la capitale de la mode, et Hong Kong est certainement sa plus belle vitrine en Asie. Les marques françaises y sont toutes représentées, le luxe, le prêt-à-porter et les nouveaux créateurs. Entre rayonnement culturel et enjeux économiques, comment la mode française a-t-elle occupé cette place à Hong Kong ? Tour d’horizon.

Hong Kong s'est transformé et enrichi avec ses activités de négoce international et parmi les marchandises étrangères, le luxe et la mode ont trouvé une place de choix dans la ville. D'abord tirés par les goûts de sa communauté internationale, ce sont les riches entrepreneurs locaux qui se sont ensuite passionnés pour les marques étrangères prestigieuses. L’affluence des touristes en provenance du Japon et ensuite de Chine continentale ont achevé ce boom phénoménal. Hong Kong partage aujourd’hui ce statut avec d’autres villes voisines comme Shanghai, Singapour, Tokyo ou même Bangkok, l'invitant ainsi à se réinventer.

L’arrivée des premières marques françaises

Les premières marques françaises de luxe ont fait leur apparition à Hong Kong dans les années 1970. C'est notamment le cas avec l’arrivée de Louis Vuitton au Péninsula, une des plus anciennes arcades du luxe en ville, environnement protégé et haut lieu de la vie sociale. A cette époque, la mode étrangère avance à petits pas. L'emblématique Joyce Boutique ouvre ses portes au Mandarin Oriental et présente aux riches Hongkongais des marques italiennes comme Giorgio Armani et Prada. L'intérêt pour la mode se renforce dans les années 80. En 1984, le magazine Cosmopolitan arrive à Hong Kong, suivi de Elle en 1987 et de Harper’s Bazaar en 1988. Les marques de luxe françaises telles que Chanel et Jean Paul-Gaultier entrent alors sur le marché. Destination pour la mode haut de gamme, The Landmark ouvre ses portes en 1983. LVMH inaugure ses bureaux en 1987 et avec cette implantation multiplie la présence de ses marques.

L’accélération du tourisme chinois dans les années 90 a décuplé l’essor de la mode, et avec elle, des marques françaises. La Chine, alors marché émergent, sort d'une période que certains analystes qualifient de frustration, sans accès possible à la mode et au luxe. Hong Kong sera dans les années 2000 le lieu incontournable pour ce type de consommation. Le luxe tricolore qui allie tradition, savoir-faire et glamour, offre aux nouveaux Chinois aisés ce dont ils ont manqué.

Le secteur devient alors un moteur de croissance. La France, premier pays exportateur dans cette industrie, réalise 80% du chiffre d’affaire à l’international. Parmi les acteurs internationaux, Louis Vuitton (LVMH) s’impose comme le leader suivi de près par Richemont et Kering (anciennement Pinault-Printemps-Redoute).

Le luxe... le prêt-à-porter... et les designers

Avec ses 7 millions d’habitants et 45 millions de touristes chinois la ville attire rapidement non seulement tous les groupes français du luxe mais aussi les marques de prêt-à-porter.

SMCP (Sandro, Maje, Claudie Pierlot), Ba&Sh, Kooples ou Tara Jarmon s'installent à Hong Kong. Ils seront suivis par de jeunes designers comme Andrea Crew, Dawei ou Rabih Kayrouz. Le positionnement prix de ces marques offrant une bonne qualité, du style et des idées de look complet séduit la clientèle locale, nous explique Johanna Lepeu, cofondatrice du concept store français Zoobeetle. « Les associations proposées dans la mode française, aussi bien au niveau des couleurs que des styles plaisent beaucoup aux hongkongais ».

La française Ariane Zagury fait partie des entrepreneurs qui surfent sur cette vague. Elle a fondé Rue Madame en 2010, une plateforme multimarques françaises aujourd'hui très connue pour avoir introduit sur le marché hongkongais des marques devenues de grands acteurs du luxe « abordable ». La fondatrice nous explique ce succès « les clients viennent non plus pour acheter une marque en particulier mais pour trouver un vestiaire avec des produits authentiques » .

Ces marques initialement présentes dans les enseignes multimarques ou departement stores comme Lane Crawford, Joyce ou Harvey Nichols, ont petit à petit gagné en notoriété. Elles signent avec des partenaires locaux comme l’a récemment fait Kooples avec Swire Resources ou reprennent leur indépendance et ouvrent en nom propre comme SMCP ou Ba&Sh. Une présence à Hong Kong qui a le mérite de leur ouvrir les portes vers la Chine, premier marché mondial en nombre de clients.

Mélanie Gaudin, responsable de Business France à Hong Kong nous résume cette évolution en rappelant qu’aujourd’hui la France est le 4e fournisseur en habillement de la ville. La mode est le 2e poste d’exportation de la France à Hong Kong.

Une mode française, vraiment française?

Le nombre de joint-ventures et rachats de groupes français par des conglomérats hongkongais ou chinois n’a fait qu’augmenter ces dernières d’années. Notre interlocuteur dans le groupe LVMH explique que le marché chinois est ouvert, ambitieux et possède beaucoup de liquidités. La principale motivation derrière ces transactions est financière. Les fonds investis vont permettre de relancer des groupes qui en ont besoin et dans certains cas, sauver des marques. Selon lui, le marché chinois dominera encore sur les 20 à 30 prochaines années.

Le montant des investissements et la taille des acquéreurs sont souvent vertigineux. Le chinois Shandong Ruyi Technology Group a investi 11,9 milliards de HKD dans le groupe SMCP en 2016. Fosun International vient de prendre le contrôle de la maison Lanvin, vieille de 129 ans. Quant à Sonia Rykiel et Robert Clergerie, ils appartiennent aujourd’hui au géant hongkongais Li&Fung et ST Dupont appartient à présent à Dickson Poon.

Une distribution qui se démode ?

La ville a connu son heure de gloire grâce sa situation unique de vitrine de l’Occident en Orient pour la mode française. Elle ne jouit plus aujourd’hui de cette singularité, rattrapée par l’ouverture de la Chine et le développement d’autres grandes villes en Asie. Selon notre interlocuteur du groupe LVMH basé à Hong Kong, il est temps pour la ville de se réveiller et d’offrir une plus grande diversité en matière de shopping, des lieux et des expériences différentes. Mais tant que les loyers des surfaces commerciales resteront à leur niveau, seules les grandes chaines pourront s’offrir une devanture. Le touriste chinois qui reste le consommateur dominant risque de tomber rapidement dans une fatigue visuelle et expérientielle « Avec le phénomène de clustérisation, vous trouvez les mêmes grandes enseignes dans le même ordre aux quatre coins de la ville. Les department stores n’ont plus d’offres exclusives comme auparavant. Hong Kong doit apporter du renouveau et des endroits qui se différencient d’un Landmark, Causeway Bay ou Queens Road. On manque d’initiative créative et nouvelle. »

La carte française reste un atout majeur dans l’industrie de la mode. La mode française et particulièrement le luxe ont encore de beaux jours devant eux même si pour rester un haut lieu de la mode et de la création, Hong Kong va devoir revoir sa stratégie retail.

 

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L’influence de la France chez les compositeurs de guitare classique

  • November 13, 2018

Le spécialiste de la guitariste classique et contemporaine Michel Rolland s’est produit sur la scène du Fringe Club le 2 novembre pour un récital unique et original de la Renaissance à nos jours. L’occasion d’évoquer l’influence de la France et de sa capitale auprès des grands compositeurs de guitare classique.

L’idée du programme du récital de Michel Rolland qu’il présentait lors de cette tournée en Chine, à Macao et Hong Kong lui est venue par le constat qu’une grande partie du répertoire pour la guitare, de la Renaissance à nos jours, a été réalisée par des compositeurs cosmopolites ayant pour beaucoup d’entre eux séjourné en France et particulièrement à Paris. Leur motivation était de compléter leur formation et de participer aux mouvements artistiques de leur temps avant de retrouver leur pays d’origine. Ils ont tous résidé en France soit pour y étudier, y composer ou y avoir une activité artistique.

Le compositeur Mexicain Manuel Ponce étudie à l’école normale de musique de Paris avec Paul Dukas, de même que l’Espagnol Joaquín Rodrigo à la Schola Cantorum. Tous deux sont en contact avec Maurice Ravel ou encore Manuel de Falla. Heitor Villa-Lobos arrive du Brésil grâce à l’aide de l’industriel Carlos Guinle qui finance sa venue sur l’insistance d’Artur Rubinstein et Darius Milhaud. Quant à l’Argentin A Piazzolla, il est redevable à Nadia Boulanger qui a formé toute une génération de musiciens (Leonard Bernstein, Philip Glass, Aaron Copland...). Enfin, Dainobu est un jeune compositeur tout juste sorti du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris qui a offert et dédié à Michel Rolland son oeuvre Angelus.

John Dowland et Fernando Sor font exception dans leurs motivations. Le premier, luthiste, suit l’ambassadeur à la cour d’Angleterre à Paris à l’époque de la Renaissance et le second, après la défaite en Espagne des troupes de Napoléon Bonaparte (1813) s’installe en France pour être le principal représentant de la guitare à l’époque romantique.

Michel Rolland a été l’invité de plusieurs festivals en France comme à l’étranger, soit en soliste ou en formation de musique de chambre, pour y donner des concerts, effectuer des créations et donner des Masterclass. Il collabore régulièrement avec des comédiens et des compositeurs contemporains (R. Dainobu, R. Lazkano, H. Surianu...) et est dédicataire d’oeuvres pour guitare. Il s’intéresse aussi à la musicologie, à la lutherie ainsi qu’à l’analyse du mouvement dans la pratique artistique.

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Almond Chu —Sa rencontre avec Clermont-de-l’Oise

  • November 13, 2018

Le festival de photographie Les Photaumnales qui se tient chaque année dans le département de l'Oise (Hauts-de-France) vient d'être inauguré le 15 septembre. Cette 15e édition a pour thème « Où loge la mémoire ». Elle explore les relations entre le temps et la photographie autour du travail de vingt-sept photographes. A partir des vestiges laissés dans le paysage actuel, il s'agit de retracer une mémoire collective vécue ensemble.

Almond Chu et Clermont

L'artiste hongkongais Almond Chu avait été accueilli en résidence à Clermont en 2016 et 2017 dans le cadre d'un partenariat entre Les Photaumnales, l'Alliance Française de Hong Kong et le Festival international de photographie de Hong Kong et invité à exposer son travail. L’artiste a souhaité « utiliser [ses] photos pour explorer la relation entre le collège et la ville ». Il a élaboré son projet autour du collège Jean Fernel, établissement qui tient son nom du Docteur Fernel, médecin originaire de la région et parmi les plus célèbres du 16e siècle.

En 1938, Édouard Herriot, président de la Chambre des députés, posa la première pierre de ce nouveau collège. Achevé en 1940, le collège était décrit comme « l'un des plus modernes et des plus beaux de France » par le préfet de l'Oise. L'édifice, majestueux, appartient au style Bauhaus.

Les habitants de Clermont sont particulièrement attachés à ce collège qui a accueilli jusqu'à 1 400 élèves. Il est même probable que tous les habitants de la ville y ont étudié. Avec le temps et l'évolution de la société, sa mission historique cessa. Le bâtiment est désormais à l’abandon depuis la fermeture de l'établissement il y a 12 ans.

Création artistique à Clermont

Almond Chu décrit son travail artistique en ces termes : « Avec mes photos, j'essaie de documenter la relation entre le collège et la ville. L'école est importante pour Clermont mais fait également partie du patrimoine français. Je regarde les traces que les élèves ont laissées, les marques qui ont été écrites. Je scrute la construction, de l'intérieur comme de l'extérieur. C'est un vestige du patrimoine, de l'histoire. C'est aussi la mémoire collective des habitants du Clermontois. » Les murs écaillés, les bâtiments encore debouts ou les inscriptions sur les tableaux noirs donnent une idée de l’ambiance qui y régnait à l'époque.

Cependant, le travail d’Almond Chu ne s'apparente pas à un documentaire traditionnel mais à une création artistique délibérée. Dans son processus de création, l'artiste s’est intéressé au style Bauhaus dans lequel le collège a été construit. Ce style simple et pratique montre bien la relation entre le concept de « fonctionnalité » et l'esthétique orientale.

Ayant étudié au Japon, Almond Chu s'est naturellement penché sur les similarités que présente la villa impériale de Katsura avec l’architecture de style Bauhaus : la flexibilité dans la division de l'espace, la rigueur de l'ordre structurel et la résonance avec l’environnement. L'architecture de la villa japonaise, qui date du 17e siècle, avait donc deux siècles d’avance sur le concept du Bauhaus ! Cette découverte a constitué une source d'inspiration pour l'artiste. Dans la conception de l'exposition, Almond Chu a utilisé les caractéristiques de la villa dans son interprétation visuelle de l'architecture du collège. Son travail photographique communique ainsi un sens d'inspiration Zen.

Une fascination pour le monde réel

Cette expérience est particulièrement enthousiasmante puisque le charme de l’expression réside précisément dans la différence entre nos appartenances culturelles. Les pensées et les informations peuvent se heurter ou s'inspirer les unes des autres pour dévoiler « un monde réel différent », révéler un horizon plus large et rendre sa fascination pour le monde réel. C’est là l’une des aspirations de l'art. Et c'est aussi l'une des fonctions de toute forme d’expression.

Né à Hong Kong, Almond Chu est diplômé de l'École de photographie de Tokyo et vit actuellement à Hong Kong. Il est représenté par Yoko Uhoda Gallery à Liège (Belgique) et par La Galerie, Paris 1839 à Hong Kong.

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Gary Mak à la barre de la Broadway Cinematheque

  • November 13, 2018

Parlons cinéma, mais pour une fois, de ces êtres d’exception qui se démènent sans compter les heures pour vous faire découvrir un cinéma de qualité : Gary Mak, le directeur de la Broadway Cinematheque est de ceux-là. Accueillant, toujours sobrement vêtu mais avec élégance, le sourire aux lèvres, les yeux rieurs et l’esprit vif, il n’a qu’une passion, le cinéma.

Au cours de presque deux décennies, Gary Mak a su faire de la Broadway Cinematheque, un lieu de rencontres chaleureux, où le cinéma est omniprésent, avec salles de projection, librairie, café, ventes de films et vidéos. Au milieu du quartier populaire de Yaumatei, c’est un lieu qui attire les cinéphiles, jeunes et vieux qui viennent y découvrir un cinéma de qualité. Gary est l’esprit des lieux. A la Broadway cinematheque, il s’occupe avec son équipe de la programmation, de la qualité de l’image, du développement du public, des abonnements, des rétrospectives, festivals et autres évènements spéciaux destinés à son public. « A peu près tout, sauf le fonctionnement quotidien du centre et les fuites dans les toilettes. » dit-il en riant.

Une passion qui remonte à sa jeunesse

« Au départ, lycéen, j’allais voir souvent seul des films à Tokwawan, au Ciné Art ou à Art Centre, les seuls cinémas art et essai de Hong Kong dans les années 80. Un jour, j’ai été attiré par un court métrage de Kieslowski au titre étrange A Short Film About Killing (1988), je l’ai trouvé très beau, j’ai compris que le réalisateur avait quelque chose à dire, mais sur le moment je n’ai pas compris quoi. Il y avait là quelque chose à explorer. » Ce fut une sorte de déclic qui l’incita à étudier le cinéma.

« Je me suis inscrit en Littérature comparée à l’université de Hong Kong mais lorsque j’ai découvert que ce sujet comprenait un cours sur le cinéma après la première année, cela a fait tilt dans mon esprit : J’ai alors pris de plus en en plus de cours sur le cinéma, avec des profs excellents, notamment Mary Wong et le professeur et poète Leung Ping Kwan, un humaniste très cultivé, alors le seul professeur capable de faire les liens entre les cultures occidentales et orientales, et de jouer un rôle de médiateur avec la culture hongkongaise. Sans lui, je n’aurais pas pu me faire de conception du cinéma de Hong Kong. »

Gary durant ces trois ans à l’université est aussi amené à découvrir la littérature : « une période de formation qui a formé et ouvert mon esprit. » Il commence alors une carrière de critique de cinéma à City Entertainment et à Hong Kong Economic journal avant d’aller faire une maitrise en cinéma à l’université de Londres. Il dépose même un projet de thèse dont le sujet montre déjà son originalité et sa marginalité :« Les femmes chinoises dans le cinéma des années 20 ». Mais le projet est abandonné car Hong Kong l’appelle et lui offre une place à la Broadway Cinematheque en 1999, une chance à ne pas manquer et une autre aventure commence.

La connexion française : « Les Roseaux sauvages de Téchiné, une révélation ! »

« Je n’ai pas de lien spécifique avec la France, mon concept de la France repose d’ailleurs sur le cinéma français. Ce dernier est si important, que ce soit celui des premiers jours, des années 20, ou de la Nouvelle Vague. J’ai appris un peu de culture française à Hong Kong à l’Alliance Française et à Londres quand j’étais étudiant. La langue est si belle et la culture française si cool ! C’est comme aller dans un pays de rêve, mais je n’ai pas eu vraiment le temps de le réaliser ! »

« J’aime des actrices excellentes comme Jeanne Moreau et Isabelle Huppert sur lesquelles j’ai organisé avec l’Alliance Française des rétrospectives et les grands maitres comme Truffaut ou Godard que j’admire mais qui me touchent moins. Par contre, je mentionne toujours le film d’André Téchiné Les Roseaux sauvages qui m’a marqué. J’ai l’impression que cela parle de moi, j’ai pu m’identifier avec ce film, tourné à la campagne et qui traite de l’adolescence, de grandir, d’atteindre l’âge de la maturité. Téchiné est très sensible et excelle à décrire une sorte d’ambigüité de l’être humain face à la vie, une ambiguïté qui me hante. Chez Téchiné, elle est douce et indéfinie comme dans un autre de ses films plus récent, Quand on a 17 ans (2016) dont on ne sait si les relations entre les deux jeunes garçons sont fraternelles, amicales ou amoureuses.

« J’étais pressé de montrer ces films français muets des années 20 que j’adorais et ce fut, un échec. »

L’éducation du public est une des réussites de Gary Mak à la Broadway Cinematheque. Se construire un public n’est pas toujours facile et une oeuvre de longue haleine. Il raconte qu’à ses débuts, il a été parfois victime de son enthousiasme. Adorant les films français du cinéma muet des années 20. Il décide au début des années 2000 de présenter une petite rétrospective d’une vingtaine de films comprenant les surréalistes et des films expérimentaux. « J’étais pressé de montrer ces films que j’adorais et ce fut un échec. Le public n’est pas venu. J’ai appris une leçon. Il faut connaitre son public et savoir faire un équilibre entre ce qu’il peut accepter ou non. »

Pour satisfaire son public, Gary Mak  voyage aussi beaucoup dans les festivals.  Si sa compagnie EDKO qui gère la Broadway cinematheque à une équipe et une direction des programmations et des achats de film, il cherche quant à lui dans les festivals à découvrir les cinéastes émergeant et les nouvelles tendances de l’époque en mesure d’intéresser ses différents publics, car il est aussi l’un des directeurs du   « Hong Kong Lesbian and Gay Film Festival ». Lors de l’Interview avec Paroles, il rentrait juste du festival de Toronto, qu’il trouve  plus accueillant et plus ouvert que les vieux festivals, plus traditionnels : « un tiers des films sélectionnés étaient des œuvres de réalisatrices, les Canadiens sont plus en avance sur les problèmes de genre, prêtant attention aux nationalités, minorités et orientations sexuelles, ils se renseignent sur votre profil, votre nationalité et orientation sexuelle et en tant que critique ou journaliste vous donne une opportunité d’interviewer tel ou tel réalisateur ou réalisatrice. C’est le premier festival à faire cela et je me suis senti respecté. »  Et ajoute-il en riant : «  Si j’avais  été par exemple une femme noire lesbienne, j’aurais eu toutes les chances d’interview ! »

« La réception d’Agnes Varda à Cannes, c’était énorme, c’était fou ! »

A la Broadway, il organise également de nombreuses rétrospectives comme en 2018 celle d’Agnès Varda avec le French Film Festival : « Quand j’ai vu la réception le 14 mai 2018 de Visages Villages de Varda à Cannes, c’était énorme, c’était fou, les gens étaient si heureux de voir Agnès Varda que tout le monde se levait pour l’applaudir, une standing-ovation, les gens la respectaient. Alors J’ai pensé pourquoi ne pas faire une rétrospective sur elle à Hong Kong au lieu de fêter toujours les réalisateurs masculins? Ses documentaires sont plus humains et proches des gens ordinaires et à Hong Kong on s’intéresse également maintenant aux gens ordinaires et à la culture locale. »

Gary essaie ainsi de remplir les vides laissés dans la programmation des cinémas de Hong Kong. Il collabore avec les festivals tels que le French May et le French Film Festival présentés par l’Alliance, bien qu’il dise qu’ils n’ont plus besoin de lui car ils ont d’excellents programmateurs. Ce qui le soulage car il s’occupe aussi de la programmation des 49 cinémas de Edko en Chine dont deux Broadway Cinematheque, une à Shenzhen et une à Pékin.

« Les films des années 20, c’est de l’émotion pure et j’aime la pureté »

Quant à ses gouts privés pour le cinéma, il avoue qu’il est moins touché par le cinéma contemporain et qu’il a peu de fascination pour les effets spéciaux : « ils font du cinéma un spectacle, la technologie ne crée pas d’émotion. Je suis plutôt de la ‘vieille école’ ajoute-t-il comme s’il s’excusait. Je suis stupéfait par les films des années 20, ils créent une vision, c’est de l’émotion pure et j’aime la pureté. D’ailleurs c’est pourquoi j’ai créé un programme appelé BC classic, pour faire connaitre ces films restaurés à la jeune génération hongkongaise. »

Gary a des gouts simples et aime être près de la nature, il vit dans un village retiré sur l’ile de Lamma, loin de la foule et des gens. « Tout est basique et simple mais offre ce que j’aime, la nature, la plage, les barbecues avec les amis » Pour les émotions il avoue que le cinéma ne le fait plus pleurer mais que parfois devant une chorégraphie de danse contemporaine, une larme lui coule sur la joue.

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Retrospective : hommage aux compositeurs de musiques de film

  • November 13, 2018

Alors que le compositeur français Alexandre Desplat, auréolé de deux Oscars, sera l’invité de l’orchestre philarmonique de Hong Kong les 4 et 5 janvier prochain avec lequel il conduira l’interprétation de ses oeuvres, le Festival du film français organisé par l’Alliance Française de Hong Kong rendra hommage aux grands compositeurs français du 7e art, au travers d’une sélection de dix films depuis les années 40 à nos jours. Une rétrospective à suivre du 4 au 25 janvier 2019.

Leurs noms ne figurent pas en tête des génériques. Ils nous sont peu familiers. Pourtant le succès d’un film leur doit beaucoup. Qui saurait créditer le thème lancinant d’In The Mood for Love au compositeur japonais Shigeru Umebayashi ou celui du succès international de Céline Dion My Heart Will Go On tiré de la bande originale de Titanic au compositeur James Horner ? Certains ont gagné leurs lettres de noblesse d’être à jamais associés au nom des réalisateurs qu’ils ont accompagnés dans leur carrière : Ennio Morrricone pour les films de Sergio Leone, Nino Rota pour les films de Frederico Fellini ou John Williams pour les films de Steven Spielberg et Georges Lucas.

Depuis la création du cinéma muet jusqu’à nos jours, la musique a toujours accompagné le 7e art, illustrant musicalement une scène en lui conférant un pouvoir dramatique, romantique ou comique supplémentaire. Elle tient parfois un rôle à part entière participant à la dramaturgie d’un film, telle l’angoisse suscitée par le thème musical composé par John Williams pour Les Dents de la mer de Steven Spielberg. Il n’est pas un réalisateur ou un producteur désormais qui ne portent pas une attention toute particulière à la musique de leur film et à leur compositeur.

Dans le paysage des compositeurs de musique de film, la France peut s’enorgueillir de posséder sept compositeurs récompensés par l’Académie des Oscars.

Huit fois nominé par l’Académie des Oscars, deux fois récompensé avec La Forme de l’eau de Guillermo del Toro et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, Alexandre Desplat est l’un des compositeurs de musique de film les plus en vue du cinéma international. Sa carrière a connu un tournant en 2003 avec la musique du film La Jeune fille à la perle de Peter Webber et n’a ensuite jamais cessé de croître, enchainant les succès et les récompenses. On lui doit notamment les musiques des films Le Discours d’un roi de Tom Hooper, Argo de Ben Afflec, les deux volets de la saga Harry Potter et les reliques de la mort de David Yates. Alexandre Desplat a reçu également trois césars pour De battre mon coeur s’est arrêté et De rouille et d’os du réalisateur Jacques Audiard dont il a composé la plupart des musiques de ses films ainsi que pour The Ghost Writer de Roman Polanski. Sa fidélité à Jacques Audiard se révéle dans le nouvel opus The Sisters Brothers bientôt sur les écrans hongkongais.

En recevant cette année son second Oscar, Alexandre Desplat s’inscrit dans la lignée des compositeurs français récompensés par l’Académie américaine. Ils sont sept. Le plus auréolé est Maurice Jarre, récompensé de six statuettes dont celle acquise en 1963 pour la musique du film Lawrence d’Arabie de David Lean. Lui succéda Michel Legrand avec 13 nominations et 3 oscars dont celui de la meilleure chanson originale pour Les Moulins de mon coeur en 1969 composée pour L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewinson et celui reçu trois ans plus tard au titre de la meilleure musique de film pour Un été 42 de Robert Mulligan dont la chanson The Summer Knows interprétée par Barbara Streisand. C’est avec le film Yentl de cette dernière qu’il reçoit son troisième oscar en 1984. Il y eut aussi Francis Lai pour la musique du film Love Story d’Arthur Hiller en 1971, Georges Delerue pour I Love You, je t’aime de George Roy Hill en 1980 et auquel on doit les compositions de Jules et Jim de François Truffaut et Le Mépris de Jean-Luc Godard, Gabriel Yared pour Le Patient anglais d’Anthony Minghella en 1997, et tout dernièrement Ludovic Bource pour la musique du film The Artist de Michel Hazanavicius en 2012.

Le cinéma français doit aussi beaucoup au compositeur Vladimir Cosma qui fut l’assistant de Michel Legrand avant de s’imposer comme le grand compositeur des comédies françaises les plus connues depuis Le Grand blond avec une chaussure noire, La Chèvre, La Boum ou Rabbi Jacob. On oublie souvent qu’il fut aussi le compositeur de la musique du Bal d’Ettore Scola ou celle de Diva de Jean- Jacques Beineix.

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