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Quand l’Art Déco séduit le monde

Dans une exposition intitulée « Art Deco, the France-China connection », la galerie de City U retrace l’histoire de ce mouvement artistique né dans l’immédiat après-guerre en France et qui séduira le monde entier dans les années 30. Isabelle Frank et Emmanuel Bréon co-commissaires de l’exposition se penchent sur les sources de cet art et ses influences croisées avec la Chine.

L’art déco prend naissance en France et doit son nom à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels qui se tint à Paris en 1925. Il nait sur les décombres de la première guerre mondiale, dans un monde en pleine mutation industrielle et technologique. Interdisciplinaire,  l’Art Déco  marquera de son empreinte l’architecture, la peinture, le design et la mode des années folles.  

Aux lignes sinueuses, courbes et chargées de l’Art Nouveau (1890-1910), l’Art Déco substitue des formes simplifiées. Il prône des lignes droites et pures dans la lignée de la modernité et du cubisme de l'entre-deux-guerres et en référence au monde de la voiture et de l’aviation. Et même quand l’élément floral tant estimé par l’art nouveau perdure, il est schématisé, voir épuré.  

L’esprit des années folles

L’Art Déco, c’est la fête et l’insouciance de l’entre-deux-guerres. Une époque « moderne, luxuriante, confortable et glamour » qui élève au rang de star, la chanteuse et danseuse américaine Joséphine Baker, reine de la nuit parisienne. 

Dans cette IIIème République qui clame la modernité, le progressisme et la laïcité, la Femme joue un grand rôle. Elle travaille, conduit, fume et se maquille. Elle est dans tous les métiers qui étaient réservés aux hommes. La mode féminine adopte désormais le carré court et la frange. Les jupes et robes se rétrécissent.

C’est peut-être la peintre et portraitiste Tamara de Lempicka qui incarne le mieux la femme moderne. Aux côtés de ses amies, elle milite pour le droit de vote des femmes.  Le créateur Robert Mallet-Stevens lui construit un atelier moderniste. Aux actualités Pathé, elle est présentée comme « une femme moderne dans un intérieur moderne ».

L’apogée de l’Art Déco

Accueillant l’exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industrielles en 1925, la France victorieuse de la grande guerre veut marquer les esprits et imposer sa puissance.  « Soyez innovants et créatifs ! », tel est en substance le mot d’ordre soufflé aux architectes, peintres, sculpteurs et artisans d’art convoqués pour l’occasion. Le résultat est à la hauteur des ambitions. L’évènement marquera le triomphe des créateurs français parmi lesquels Jacques-Emile Ruhlmann, Jules Leleu et Pierre Patou. L’Art déco séduit désormais le monde entier. Dans cette expansion, les transatlantiques à la gloire du mouvement joueront aussi un rôle capital. Véritable ambassade flottante, Le Normandie accueillera des milliers de visiteurs à chaque escale.

L’Art déco est désormais acclamé internationalement. Le ministre américain Herbert Hoover invite les créateurs français pour une exposition itinérante de plus de quatre cent œuvres. Rio de Janeiro lui commande la statue du Christ Rédempteur, New York l’Empire State Building, le Rockefeller Centre et le Chrysler Building.

L’Asie n’est pas en reste. Au Japon, le Prince Asaka fait décorer son palais  par Henri Rapin. L’Art Déco accostera aussi sur les côtes de la Chine et Shanghai en sera la capitale.

L’Art Déco et la Chine

Les relations entre la Chine et l’Art Déco sont plus complexes et c’est sans doute toute la pertinence des deux commissaires de s’y pencher.

La diffusion de l’Art Déco en Chine doit beaucoup à Sun Yat Sen, premier président élu de la République Populaire de chinoise en 1912 et qui fut pendant ses seize années de formation et d’exil, très souvent en contact avec la culture occidentale. A son décès, les diplomates chinois commandent une statue du défunt au sculpteur Landowski qui deviendra célèbre avec le Christ de Corcovado à Rio de Janeiro. En marbre de quatre mètres de haut et figurant Sun Yat Sen assis, le monument est aujourd’hui un des plus célèbres de Chine et reçoit chaque année plusieurs milliers de visiteurs.   

Mais c’est aussi les inspirations artistiques et exotiques de l’époque que se penche l’exposition. En matière de mobilier, les tables basses de Jules Leleu ou Ruhlmann absentes de l’environnement habituel des intérieurs français sont inspirés des anciennes dynasties chinoises. L’incrustation de nacre ou d’ivoire dans les meubles de prestiges et la technique de la laque devient un véritable marqueur du style Art Déco. La soie est à la mode et s’importe à partir du port de Hong Kong.

L’Art Déco s’arrêtera brutalement avec la fin de la IIIème République et la défaite de 1940. Quand il faudra reconstruire la France en 1945, les architectes tourneront le dos à l’Art Déco qui rappelle trop de mauvais souvenirs. Nait alors une architecture plus moderniste et radicale comme celle de Le Corbusier et le Bahaus. Oublié et déconsidéré jusque dans les années 60, l’Art Déco jouit aujourd’hui d’une image raffinée et luxueuse qui séduit les collectionneurs.

 

Art Deco, the France-China connection 

Du 6 mars au 30 juin

CityU Exhibition Gallery

Entrée libre