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La rentrée littéraire 2018

567. Ce n’est pas le nombre de pages d’un roman-fleuve dont nous allons vous recommander la lecture mais de la quantité impressionnante de romans publiés entre août et octobre pour la « rentrée littéraire 2018 ». Auteurs, grand public, critiques et professionnels du livre attendent cet événement annuel autant qu’ils le craignent. Quels livres retenir des centaines de titres qui couvrent les rayons? A la médiathèque de l’Alliance Française, nous avons acquis une vingtaine de titres. Voici notre sélection.

Avec toutes mes sympathies, d'Olivia de Lamberterie (Stock).

Sur le bandeau de couverture, une photo de deux blondinets souriants aux t-shirts assortis. Il s’agit d’Alexandre et Olivia, un frère et une soeur, en vacances d’été à la plage. Rien ne laisse présager le drame qui surviendra une trentaine d’années plus tard, lorsque qu’Alexandre mettra fin à ses jours à Montréal, après une grave dépression qui l’aura terrassé pendant plusieurs années. Avec délicatesse, sans verser dans le piège du pathos, cette journaliste chez ELLE, chroniqueuse littéraire et correspondante de Radio Canada, dresse le portrait de son frère bien-aimé, lui donne une voix et une sépulture. Elle raconte la culpabilité de n’avoir pas réussi à le sauver, la personnalité douce et brillante de son frère, mais surtout, l’immense joie qu’il a apportée dans sa vie et celle de sa famille.

Hôtel Waldheim, de François Vallejo (Vivane Hamy)

Ce roman a pour thème la mémoire et pour toile de fond la Suisse des années 1970. L’arrivée d’une mystérieuse carte postale dans sa boite aux lettres réveille la mémoire du narrateur. Celui-ci évoque sa jeunesse, lorsqu’il passait plusieurs semaines par an dans cet hôtel suisse avec sa tante, l’hôtel Waldheim. Bien plus que ses simples souvenirs de jeunesse, le narrateur se voit obligé de réexaminer le contexte de Guerre froide dans lequel se trouvait le monde alors, pour se rendre compte que tout ne s’est pas passé exactement comme il le pensait. Roman d’espionnage, étude sur la mémoire, roman à tiroirs nimbé dans le mystère des villes de montagne, Hôtel Waldheim vous emmène dans l’Allemagne scindée en deux d’alors. C’est un roman haletant, entre roman noir et récit historique aux heures sombres de la Stasi, que nous propose François Vallejo.

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy — Allard (Editions de Minuit)

Ce magnifique premier roman est une histoire toute simple : celle d’une passion amoureuse entre deux femmes. Pourtant, la beauté et la musicalité de la langue rendent cette histoire simple bouleversante. La première partie, qui raconte la rencontre amicale des deux femmes qui se transforme peu à peu en relation amoureuse, est composée de très courts paragraphes que l’on dévale, emportés par le rythme, la fluidité des phrases, la présence enivrante de Sarah. A mesure que la passion change, le roman renouvelle sa forme : les paragraphes s’allongent, la musique ralentit. La narratrice reprend son souffle, son recentre sur elle-même en même temps que le lecteur, presque épuisé par la tempête de la première partie. Un magnifique exemple de la forme au service du fond, dans un sublime roman dont la langue nous envoûte.

La chance de leur vie, d’Agnès Desarthe (Editions de l’Olivier)

« La chance de leur vie » : voilà une expression que l’on emploie couramment pour parler d’un bouleversement, d’un virage pris dans une vie, de gré ou de force. Ce départ aux Etats-Unis, c’est la chance de leur vie, à Hector, Sylvie et leur fils Lester. Sauf que, l’on s’en doute, rien ne se passera comme prévu. Le ton ironique et la finesse d’observation d’Agnès Desarthe nous enchantent dans ce roman qui porte sur le couple, l’ébranlement des liens familiaux, les tourments de l’adolescence. Si ces thèmes simples semblent appeler au cliché, il n’en est rien : le personnage de la mère, Sylvie, est étonnant, intelligent, placide et savoureux, malgré les tromperies de son mari, éminent professeur de philosophie usant de son charme auprès de ses consoeurs d’université américaines. De même, le fils, Lester, ne caricature-t-il en rien l’adolescent perdu et ingrat — il brille plutôt par sa fantaisie, sa quête spirituelle, et par la relation touchante qu’il entretient avec sa mère. Lors de cette année d’expatriation outre-Atlantique, chaque membre de la famille se découvre lui-même : séducteur, artiste, gourou — peu importe, pourvu que l’on sache qui l’on est.

Autres conseils de lecture

Les exilés meurent aussi d'amour, d'Abnousse Shalmani (Grasset) est un beau roman sur l’exil, plus exactement sur « les folies dont accouche l’exil », porté par le personnage de Shirin, neuf ans, qui s’installe à Paris avec ses parents au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle. Quelques adultes providentiels, mais surtout, le rire, sauront l’aider à grandir, à résister, à ne pas se laisser dépasser par la folie de cette famille cruelle qui est la sienne.

Citons également le cocasse 37, étoiles filantes de Jérôme Attal, qui raconte la rencontre improbable entre le peintre Alberto Giacometti et l’écrivain Jean-Paul Sartre dans le Montparnasse des années 1930 ; La Tête sous l’eau, d’Olivier Adam, qui décrit le malheur d’une famille dont la fille disparait mystérieusement à la suite d’un déménagement en Bretagne ; Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L.), roman d’apprentissage moderne et véritable ode à la liberté; Forêt obscure, de Nicole Krauss, magnifique roman qui nous vient tout droit des Etats-Unis ; Khalil de Yasmina Khadra (Julliard) ; A son image, de Jérôme Ferrari (Actes Sud), le très attendu Les cigognes sont immortelles d’Alain Mabanckou (Seuil) ou encore Un monde à portée de main, de Maylis de Kerangal